dimanche 3 février 2013

Classe de loisir et finitude des ressources



Sous ce titre un peu obscur se cache la présentation de la « Théorie de la classe de loisir » développée par Thorstein Veblen à la fin du XIXème siècle, et son application aux contraintes liées à la limitation des ressources de la planète.

Veblen était un économiste et sociologue Américain, né en 1857 dans le Wisconsin, fils d’un paysan Norvégien. De par ses origines et son parcours atypique, il ne fut guère apprécié par ses pairs et ne connut pas vraiment la reconnaissance qu’il aurait méritée. Son ouvrage le plus connu, « Théorie de la classe de loisir » parut en 1899. Il y aborde un certain nombre de thèmes sociologiques sous leur angle économique. Il ne s’agit cependant pas d’un ouvrage d’économie pure, ce qui lui valut peut-être de ne pas connaître le succès qui lui revenait. Loin des accents révoltés de Karl Marx, Veblen décrit le système de son temps de manière froide et distanciée, même s’il ne peut s’empêcher de porter un regard moqueur sur la vanité inhérente aux classes supérieures. Il ne critique donc pas le système, et n’en propose pas de meilleur. Pourtant, son analyse se révèle beaucoup plus adaptée pour décrire la société du XXIème siècle que bien des théories des économistes classiques du XIXème. A ce titre, il devrait légitimement trouver sa place dans tout bon cours d’économie, au même titre que Marx, Ricardo ou Adam Smith. A posteriori, il est facile d’y trouver des erreurs, des imperfections, voire des idées choquantes, comme celles tendant à attribuer tel ou tel trait de caractère à telle ou telle « race ». Mais il ne faut pas oublier qu’en cette fin de siècle, la majorité de la communauté scientifique s’interrogeait sur ces questions comportementales liées à la race ou à la forme du crâne. Il est donc difficile d’imputer spécifiquement à Veblen des tares qui se retrouvaient chez bien des scientifiques adulés aujourd’hui. De mon point de vue, cet ouvrage contient à plus d’un titre de véritables traits de génie.

Il présente une analyse différente à la fois du capitalisme et du marxisme, et qui aurait pu présenter une troisième voie tout aussi cohérente. En effet, le capitalisme et le marxisme reposent sur un même a priori : la production est là pour satisfaire les besoins humains, et ces besoins ne peuvent être assouvis que par une augmentation des moyens de production. Veblen adopte un autre point de vue : il considère qu’au-delà d’un certain seuil, l’augmentation de la production ne sert plus à la satisfaction des besoins, mais à la satisfaction de l’ego. L’élite définit comme priorité le gaspillage du temps, c'est-à-dire le loisir, et le gaspillage des biens, c’est à dire la consommation ostentatoire. Il définit ainsi ce qu’il appelle la classe de loisir.

La consommation n’est plus liée à des besoins, mais à la nécessité de gaspiller pour assurer son rang social. C’est ce gaspillage ostentatoire qui permet à l’homme d’assurer sa place au sein de la société. Plus il sera capable de gaspiller, que ce soit son temps ou son argent, plus il pourra démontrer sa capacité financière, et par là-même se différencier de ceux qui ont moins de moyens que lui. La production ne sert donc plus à satisfaire des besoins réels, mais à assouvir les instincts prédateurs liés à l’esprit de compétition. Contrairement à ce que prétend Marx, l’acte d’achat ne dépend que très partiellement de la valeur d’usage de l’objet. La valeur de cet objet est avant tout définie par sa capacité à promouvoir notre rang social. En clair, au-delà d’un certain seuil, la production ne sert qu’à créer l’inégalité sociale nécessaire à la satisfaction de notre ego : chaque classe aspire à rejoindre la classe supérieure, sans jamais se satisfaire de sa supériorité envers les classes inférieures. Pour parvenir à s’élever, l’homme doit se montrer capable de dépenser autant que l’impose la bienséance inhérente à la classe supérieure.

La satisfaction des besoins réels de la population ne nécessite qu’une certaine capacité de production. Par contre, l’esprit de compétition nous pousse à consommer toujours plus, afin d’obtenir la satisfaction liée à la comparaison honorifique. Et comme il y a toujours quelqu’un à qui se comparer, il n’y a aucune limite à la consommation ostentatoire. Il nous faut produire toujours plus pour pouvoir satisfaire notre esprit de compétition.

Mais ce gaspillage ostentatoire ne passe pas seulement par la consommation. Depuis l’antiquité, l’affirmation du rang social découle de notre capacité à démontrer que nous ne faisons rien d’utile économiquement parlant, que nous ne nous déshonorons pas en consacrant notre temps à de basses besognes productives. Les esclaves ne servent pas seulement à satisfaire les besoins vitaux de leur maître, ils lui permettent avant tout de démontrer qu’il est capable de ne pas s’abaisser à des tâches industrielles, et de gaspiller son temps comme bon lui semble. Cette capacité à ne rien faire d’économiquement utile définit ce que Veblen appelle la « classe de loisir ». Les esclaves, et plus tard les domestiques, ne servent pas seulement à fournir des choses utiles à leur maître, mais à lui permettre de gaspiller son temps et son argent. En permettant au maître d’acheter des biens coûteux, ils lui permettent de démontrer sa capacité à gaspiller. Bien entendu, plus l’objet acheté est inutile, plus sa valeur honorifique est importante. C’est ce que l’on retrouve aujourd’hui lorsque l’on achète des objets de marque, prouvant que nous sommes capables de dépenser beaucoup pour une différence de qualité ou d’utilité pratique sans rapport avec la différence de prix observée.

Le cas des domestiques est particulièrement intéressant. Dans la bonne société, il n’est pas suffisant de pouvoir payer de nombreux domestiques. Il faut aussi montrer que ceux-ci possèdent les compétences nécessaires pour s’acquitter de tâches particulièrement précises, comme les valets de pied, les gouvernantes, les majordomes, etc. En effet, un domestique bien formé prouve qu’il a passé beaucoup de temps à apprendre l’ensemble des codes nécessaires à sa fonction. Il a donc lui aussi gaspillé son temps à apprendre des choses inutiles à l’économie. Le maître de maison peut donc prouver qu’il a pu se payer des services effectués par des personnes ayant consacré beaucoup de temps à leur apprentissage des bonnes mœurs, et non pas de simples manants recrutés dans la rue. Rien de plus affligeant qu’un petit personnel ne connaissant pas les bonnes manières. En gaspillant leur temps pour renforcer l’honneur de leur maître, les domestiques agissent en tant que classe de loisir par délégation. De même, leur uniforme sophistiqué, coûteux et inadapté à tout travail d’industrie représente un gaspillage ostentatoire par délégation, permettant à leur maître de prouver qu’il a les moyens de leur payer de pareilles tenues.

De la même manière, la femme, propriété de l’homme, agit également en tant que classe de loisir par délégation. A l’époque, dans la bonne société, il était inadmissible de voir son épouse travailler : cela signifiait que l’homme n’avait pas les moyens de lui assurer le train de vie nécessaire. La femme devait donc prouver qu’elle ne produisait rien d’économiquement utile. Cela pouvait passer par les tenues vestimentaires. Les robes très larges prouvaient clairement qu’il leur était impossible de faire quoi que ce soit d’utile dans cette tenue. Les corsets, en comprimant leur corps, les empêchaient également d’accomplir toute tâche fatigante. Le maquillage minutieux montrait qu’elles y avaient gaspillé beaucoup de temps. Elles pouvaient même acquérir un certain rang dans la société en ayant leurs propres domestiques, agissant pour elles en tant que classe de loisir par délégation. Mais l’honneur, en rejaillissant sur la femme, rejaillissait finalement sur l’homme.

La tenue vestimentaire masculine n’était pas en reste. Pour entrer dans une soirée mondaine, il fallait arborer le costume visiblement le plus coûteux, le plus inapte à tout travail manuel, comme les queues-de-pie, les smokings ou les hauts-de-forme. De plus, toute marque d’usure était vue comme déshonorante, prouvant par là même que vous n’aviez pas les moyens d’acheter un costume neuf. Force est de constater que ces sentiments perdurent largement aujourd’hui. Il en va ainsi de la mode, qui nous permet de prouver que nous avons les moyens de rester « tendance », en remplaçant inutilement nos anciens vêtements par de nouveaux. Et ce qui vaut pour les vêtements vaut également pour l’ensemble des biens de consommation courante, et surtout les objets de haute technologie.

En résumé, Veblen nous permet de comprendre qu’aujourd’hui, l’économie n’est pas mue par la nécessité de la satisfaction des besoins réels, mais par l’ardent désir de la classe de loisir de prouver sa supériorité via le gaspillage ostentatoire. Et la classe de loisir, au XXIème siècle, c’est la plupart d’entre nous, au moins dans les pays développés. La valeur d’usage des objets que nous achetons n’entre que faiblement dans notre volonté d’achat. Par exemple, nous préférons toujours un objet « fait main » plutôt qu’un produit identique sorti d’usine. A qualité égale, nous prenons soin de remarquer la légère imperfection due au travail manuel pour valoriser un objet au détriment de celui, pourtant parfait, produit industriellement. Et ce parce que cela nous permet de prouver que nous sommes capables d’acheter un objet cher simplement parce qu’il est cher, parce qu’il a nécessité le travail de beaucoup de personnes agissant en tant que classe de loisir par délégation en notre faveur.

En clair, la surconsommation actuelle dérive de l’esprit de compétition de la classe de loisir, sans cesse à la recherche de nouveaux gaspillages permettant d’intégrer la classe immédiatement supérieure. Jusqu’à il y a peu, on pouvait se contenter de sourire face à cet aspect de la vanité humaine. Après tout, même s’il est ridicule de se faire construire un yacht de 76 m juste parce que celui de son rival est de 75 m, cela ne nuit à personne. Tant que chacun a de quoi vivre et espérer accéder lui aussi à la classe supérieure, le système peut perdurer, et la consommation s’accroître à l’infini. L’accroissement des inégalités est certes choquant, mais il reste supportable tant que chacun peut espérer vivre décemment et éventuellement accéder à la classe qui lui est immédiatement supérieure.

Or, depuis quelques décennies, nous avons pris conscience que les ressources de la planète sont limitées, et que nous consommons déjà bien plus que ce qu’elle est en mesure de supporter. Par conséquent, il existe un maximum moyen consommable par habitant. Dans un gâteau de taille infinie, peu importe que certains se gavent. Mais si le gâteau a une taille finie, la gloutonnerie des uns diminue la part des autres. Accroître ses revenus sans limites, c’est s’accaparer une part disproportionnée des ressources naturelles, c’est nuire au reste de l’humanité. L’accroissement du niveau de vie des pays émergents, par ailleurs souhaitable, ne peut que gravement accentuer les catastrophes écologiques et climatiques à venir. Tant que la spirale de la surconsommation continuera, rien ne viendra freiner la destruction de la planète.

Par conséquent, il nous faut nous attacher avant tout à casser cette spirale. Et tout d’abord en fixant une limite à notre capacité de consommation, c’est-à-dire en fixant un revenu maximal admissible. En fixant ainsi une limite insurpassable aux classes supérieures, on limite le sentiment d’envie des classes qui leur sont immédiatement inférieures, qui réduisent ainsi leur consommation, influant à leur tour sur les désirs de la classe du dessous. Aucune classe n’acceptera de modérer sa consommation tant que les classes supérieures ne seront pas contraintes de faire de même. Cette limite doit être imposée non pas parce que nous reprochons quelque chose aux plus riches, mais parce qu’il s’agit d’une nécessité pragmatique de survie de la planète. Ce revenu maximal admissible doit également être couplé avec un patrimoine maximal admissible, ainsi qu’avec un héritage maximal admissible. En effet, si l’on veut briser la fascination pour l’argent, il faut nécessairement briser la capacité d’accumulation du capital de génération en génération.

Mais pour pouvoir faire accepter ces choix douloureux, il faut être en mesure de procurer à l’homme d’autres moyens de satisfaire son ego que par la rivalité pécuniaire. L’homme doit pouvoir tirer honneur et respectabilité par d’autres actions, par d’autres valeurs. Par exemple, la sobriété, la contribution au respect de l’écosystème, doivent pouvoir contribuer à la réputation sociale des individus. Mais il faudra tout d’abord commencer par diminuer la valeur accordée au gaspillage ostentatoire, à la surconsommation. Par exemple en commençant par l’éducation : le retour à l’uniforme obligatoire briserait largement la frénésie de la mode dans les collèges et lycées. Rappelons qu’aujourd’hui, un collégien qui n’est pas habillé à la mode se voit recaler parmi les « boloss », c’est-à-dire la classe la plus dégradante, tandis que les plus stylés sont glorifiés de faire partie de la classe des « swag ». La valeur donnée à un camarade de classe dépend entièrement son respect des codes vestimentaires en vigueur, donc de ses capacités financières. On pourrait également imaginer de réduire de manière drastique la publicité, de diffuser des messages incitant à porter moins d’importance aux marques, d’insister sur la durabilité des biens, etc.

De mon point de vue, tout ceci ne peut avoir de sens que dans une démarche globale, où les premiers touchés seraient les hyper-riches. Non pas pour les punir de quoi que ce soit, mais parce que leur mode de vie diminue la quantité de ressources naturelles disponibles pour le reste de la société. On me rétorquera qu’il leur suffira de s’exiler à l’étranger pour échapper aux fourches caudines du fisc. C’est exact. Tant que le capital sera libre de circuler sans entraves, les personnes pourront s’exiler avec leurs biens. Tant qu’il sera possible d’accumuler des richesses de manière illimitée, il sera impossible de les contrôler. La part située au-delà du capital maximal admissible doit être considérée comme appartenant à la société, c’est-à-dire à l’Etat. La limitation des ressources implique la limitation de la propriété privée.

Si nous ne devions retenir qu’une chose de ce bref exposé, ce serait celle-ci : pensons-nous que l’accumulation sans limite des richesses est compatible avec la finitude des ressources ? Et si nous répondons par la négative, ne devrions-nous pas en conclure qu’il est nécessaire de fixer une telle limite ? Qu’il faut briser la spirale de la surconsommation en déplaçant la satisfaction due au gaspillage ostentatoire vers une satisfaction due à d’autres valeurs ? Tout homme ressent le besoin de se sentir important, reconnu à sa juste valeur. L’essentiel n’est donc pas de brimer l’humain, mais de lui fournir une échelle de valeurs compatible avec la finitude des ressources.

Les concepts d’égalité et de fraternité ne peuvent s’épanouir dans un contexte de surconsommation où la richesse des uns diminue le niveau de vie des autres. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’appropriation des ressources naturelles par les uns diminue mécaniquement la part dont peuvent bénéficier les autres. Nous devons nous rappeler que la liberté réside dans la capacité à faire des choix. Lorsque les classes supérieures augmentent leur capacité financière, elles diminuent la capacité de choix des classes populaires.

Tout retour à l’équilibre ne peut se produire qu’en redonnant la prééminence de la valeur d’usage sur la valeur honorifique. Je le redis, la limitation des ressources implique la limitation de la propriété privée.

lundi 17 septembre 2012

Non au mariage homo !

Mais jusqu'où ira se nicher l'homophobie ? Faut-il vraiment infliger cela aux homosexuels ? La question n'est pas : "Faut-il autoriser le mariage homo ?", mais bien : faut-il interdire le mariage hétéro ? Pourquoi tant de haine ? Ils étaient bien tranquilles, en concubinage ou pacsés, et hop ! On leur met le mariage sur les bras.

A partir du jour de leur mariage, ils auront la fausse certitude de rester avec leur partenaire pour le restant de leurs jours. Ils pourront donc commencer à ne plus se préoccuper l'un de l'autre, à ne plus faire le moindre effort de séduction, et à regarder ailleurs pour voir si la soupe y est meilleure.

C'est vrai, ça, à quoi ça sert, le mariage ? Ah, oui, c'est le meilleur jour de notre sa vie. Mais il faut bien comprendre cette phrase : si le jour de notre mariage est censé être le meilleur de notre vie, cela signifie bien que les suivants seront pires !

Et l'Eglise, là dedans ? Un jour, deux charmantes personnes ont frappé à ma porte et ont tenté de me convaincre de les rejoindre dans leur foi. L'une d'elles m'a dit : "Jésus t'aime". Je lui ai répondu "Je suis désolé, mais si tu le croises, dis-lui que ça ne m'intéresse pas, je suis pas homo". Si Jésus aime tous les hommes, comment l'Eglise peut-elle être contre le mariage homo ? Bon, d'accord, elle dit une connerie. Mais lorsque l'on parle d'un sujet, il faut s'appuyer sur un ouvrage de référence. Donc, quand on dit une connerie, il n'est pas inutile de consulter la Bible.

Mais qui suis-je pour pouvoir m'exprimer sur ce sujet ? Un expert ! Deux fois divorcé à 29 ans, qui dit mieux ? Je suis donc particulièrement bien placé pour pouvoir m'opposer au mariage homo ! Ils ont déjà trop souffert !

Aujourd'hui, je cherche la fille de mes rêves en Ukraine. Comment est-ce que je compte parvenir à la convaincre de venir avec moi ? En la demandant en mariage, pardi !

mercredi 16 mai 2012

Dieu et usage de Dieu : traité d'athéisme

Dieu est-il éternel ? Est-il si intimement lié à la nature humaine qu'elle ne puisse vivre sans lui ? Pour tout croyant, l'homme existe grâce à Dieu. Pour moi, comme pour tous les athées, Dieu existe grâce à l'homme. Par conséquent, l'existence de Dieu dépend non seulement de celle de l'homme, mais également de sa volonté. Dieu n'est donc pas éternel. Il existe parce que des gens le rendent vivant parmi eux.

Le monde peut-il exister sans Dieu ? Et si oui, cela est-il souhaitable ? Il semble que la croyance en un (des) être(s) suprême(s) remonte à l'aube de l'humanité. Une tentative d'explication de la naissance de Dieu dans le coeur des hommes a été abordée de manière fort intéressante par Freud, dans "Totem et Tabou". Face à ses angoisses, à ses questions sans réponse sur le monde qui l'entoure, l'homme s'est tourné vers la seule réponse possible, à savoir que quelque chose de plus grand que lui régissait son environnement et sa propre personne. Il en a déduit des lois, créé des mythes, adoré des idoles, construit des temples, bâti des Eglises. Il a organisé sa vie en fonction de ces croyances, élaboré des rites, établi des prescriptions régissant la moindre parcelle de sa vie. Il a obéi aveuglément aux préceptes élaborés par ses prédécesseurs ou par les prophètes de son temps.

Certes, il ne l'a pas fait partout de la même manière. En Chine, il n'était pas question d'être suprême. La philosophie grecque abordait également une toute autre vision de la divinité. Mais Dieu est resté une constante dans la majeure partie du monde, pour les siècles des siècles. Pour le monde occidental, seule l'arrivée du siècle des Lumières a permis d'entrevoir une porte de sortie, un monde dominé par la science et la raison, et non dirigé par la main de Dieu. Les progrès de la science ont permis d'expliquer la quasi-totalité de l'environnement de l'être humain. Nous avons les réponses à l'ensemble des questions que se posait l'homme primitif : d'où vient la pluie, qu'est-ce qui provoque les tremblements de terre ou les éruptions volcaniques, pourquoi la récolte n'est pas bonne, etc. Même les questions métaphysiques sur notre origine, notre place dans l'Univers, ont trouvé leurs réponses : la théorie de l'évolution ne peut être remise en cause qu'au prix d'un aveuglement total et au prix d'une extrême mauvaise foi (ce qui est un comble). La rotondité de la Terre ne laisse plus guère de doutes. Des dizaines de nouvelles planètes ont été découvertes, sans doute parmi les milliards de planètes existantes et qui restent aujourd'hui encore hors de portée de nos télescopes. Cette évidence ne laisse là non plus aucun doute sur la présence de la vie ailleurs que sur Terre, ne serait-ce que d'un simple point de vue statistique.

Alors aujourd'hui, pourquoi Dieu est-il toujours vivant ? A quoi peut-il bien servir ? En réalité, il lui reste encore deux éléments capitaux en sa faveur : la mort et l'injustice.

La mort reste la principale angoisse de la vie. Nous nous savons tous mortels, mais nous ne pouvons accepter que nous ou nos proches disparaissions sans autre avenir que le néant, la non-existence. Cette épreuve reste insurmontable, indépassable. Le moyen le plus simple de la surmonter reste donc de refuser la réalité, et de s'imaginer une vie après la mort, sous quelque forme que ce soit. L'idée de pouvoir retrouver nos proches, et surtout de pouvoir survivre, nous rassure un peu. Mais ce baume au coeur se paye au prix fort. Se voiler la face a de lourdes implications. Car bien entendu, seuls ceux qui se seront bien comportés auront accès au salut éternel. Et par conséquent, cela implique de définir ce que signifie "bien se comporter". Et donc de se soumettre à des lois, de respecter des interdits, et au passage les faire respecter aux autres, de peur qu'ils ne compromettent les visées du Maître. Par ce biais, la croyance en Dieu, et la religion qui va avec, non seulement aliène notre esprit, mais en plus condamne ceux qui ne connaissent pas la Vérité.

L'injustice reprend les mêmes artifices que la mort pour faire vivre Dieu dans le coeur des hommes, à quelques nuances près. Ici aussi, face à une angoisse qui nous assaille, nous ne pouvons nous empêcher d'espérer l'existence d'un être suprême qui viendra à notre secours. Cela peut advenir pour les cas les plus graves, comme l'angoisse de la mort vue plus haut, mais également pour des soucis plus concrets, comme de retrouver l'être qu'on aime, de recouvrer la santé, ou simplement d'améliorer son quotidien. Ici, pas besoin de notion d'au-delà. Mais le recours à l'aide de Dieu implique les mêmes conséquences : la soumission aveugle et l'obéissance à ses préceptes. Le pire, dans l'environnement judéo-chrétien, c'est que lorsque Dieu ne répond pas à nos attentes, c'est parce que l'on a fauté. Et par conséquent, il nous faut encore renforcer notre foi pour espérer attirer ses bonnes grâces dans le futur ! La foi s'auto-alimente.

En un sens, on pourrait dire que la foi permet à certains de supporter la douleur qui leur est infligée. Comment blâmer celui qui a perdu un proche et qui souhaite qu'il se trouve désormais au paradis ? Ou celui qui est à l'approche de la mort et dont la croyance en Dieu est tout ce qui lui reste ? Il ne s'agit pas de blâmer qui que ce soit. Chacun a le droit de vivre selon ses croyances. Nous pouvons seulement regretter que la foi reste le seul antidépresseur efficace pour bien des gens. Oui, le regretter, car l'aliénation de l'esprit qui en résulte ne peut nous satisfaire. Nous souhaiterions tant pouvoir concilier raison et apaisement de l'esprit.

L'humanité est-elle donc condamnée ad vitam aeternam à supporter la présence de Dieu, cette béquille morale ? Etant d'un naturel optimiste, je ne le pense pas. Il arrivera bien un jour où l'Homme pourra se défaire de Dieu. Où il arrivera à se défaire de ses chaînes mentales. À voir la vie telle qu'elle est réellement, et à être heureux malgré tout. En attendant ce jour que nous ne verrons pas, nous ne pouvons que prouver par l'exemple qu'il est possible d'être athée et de supporter malgré tout les malheurs de la vie. Montrer à la face du monde qu'athéisme ne rime pas avec pessimisme. Que la morale n'est pas l'apanage des religions. Que la droiture d'esprit n'a nul besoin de lois divines.

Aujourd'hui, se proclamer athée est quasiment devenu un motif de honte, de rejet ou d'incompréhension. Il devient de plus en plus tendance de s'affirmer croyant. Un motif de fierté, une notion d'appartenance à un groupe social. Même les non-croyants, par tradition, ne peuvent s'empêcher de se déclarer catholiques, juifs ou musulmans. Pour cette dernière religion, il est même devenu difficile pour un jeune de cité "issu de l'immigration" de ne pas se déclarer musulman, de ne pas affirmer son identité religieuse.

Il est temps de redonner ses lettres de noblesse à l'athéisme, de lui rendre son aura du début du XXème siècle. Sans prosélytisme, mais par l'exemplarité de notre comportement. L'athéisme est un chemin difficile à suivre, car on n'y trouve nulle part la rambarde du secours divin qui nous protège de l'abîme. Mais les chemins les plus aisés sont rarement ceux qui permettent l'élévation de l'âme. Montrons le chemin.

samedi 21 avril 2012

De la Politique

Qu'est-ce que l'engagement politique ? Faut-il désespérer du monde politique ? Et pourquoi s'engager aujourd'hui ? Telles sont les questions que bien des gens se posent, et qui méritent plus qu'une réponse lapidaire rejetant tous les hommes politiques à la Géhenne.

Car oui, je le dis ici avec force, la politique est belle. La politique est grande. Et la politique n'a pas disparu. Les choix de société sont toujours possibles.

Alors oui, certains hommes politiques ne sont probablement que des arrivistes ne cherchant que les places d'honneur, les privilèges et souhaitant avant tout flatter leur ego. Certains diront qu'ils sont la majorité. C'est possible. Le pouvoir et les honneurs tendent naturellement à tourner la tête, car la chair est faible (et qu'ils ont lu tous les livres ?). Mais même s'il n'y avait qu'un seul homme politique qui soit intègre, qui veuille appliquer ses propres conceptions de la société, alors nous nous devons de respecter hautement cet homme-là (ou cette femme-là). Et si nous estimons qu'aucun homme politique valable ne défend nos idéaux, il ne tient qu'à nous de monter au créneau et de prendre la place qui nous revient. Il est trop facile de critiquer sans prendre la peine de se lancer dans la bataille. Tous les hommes politiques se valent ? Alors qu'attendez-vous pour vous lever et défendre haut et fort votre conception de la société ? Personne ne vous écoutera ? Vous resterez seul à prêcher dans le désert ? Oui, c'est possible. Mais dans ce cas ne critiquez pas ceux qui ont tenté l'aventure, ceux qui tentent de défendre leurs idéaux au sein d'un parti politique, malgré toutes les embûches, tous les compromis nécessaires.

Car avant tout, la politique, c'est le don de soi. C'est défendre les autres avant de se défendre soi-même. Il est agaçant d'entendre les gens interpeller les politiques toujours sur leur propre sort. Bien entendu, chacun a ses propres souffrances, ses propres misères, ses propres injustices. Et certaines sont grandes. Mais on ne peut critiquer un monde individualiste ou chacun pense d'abord à soi en ne faisant que réclamer une amélioration de son propre sort. Car dans ce cas-là, nous ne valons pas mieux que l'homme politique qui ne pense qu'à lui. Avant de penser à nous-mêmes, pensons à l'intérêt général. Prenons le contre-pied de notre égoïsme naturel : si le sujet nous concerne personnellement, gardons nous de défendre notre position, et restons en retrait de la discussion. Ne parlons que de ce qui ne nous touche pas, et laissons les autres juger de ce qui est juste ou non pour nous.

C'est en pensant aux autres que nous gagnerons le plus. Car nous n'améliorerons peut-être pas notre sort, mais nous deviendrons meilleurs. Pour détruire l'individualisme, détruisons-le au fond de nous. Et par notre exemple, permettons aux autres de faire de même. C'est ainsi que je conçois l'action politique. Et c'est ainsi que je vous invite à vous y engager.

samedi 31 mars 2012

La relativité de la loi

Malgré le titre, aucun rapport avec notre ami Einstein... Je souhaitais, dans ce court article, faire part de mon point de vue concernant la sacro-sainte égalité devant la loi. Et affirmer que sous prétexte de cette égalité, nous en arrivons à une inégalité.

Je parle ici non de la loi en général, mais des sanctions financières prévues en cas d'infractions, autrement dit des amendes. Le principe paraît clair : tel délit, telle contravention, entraîne telle sanction. Dans le cadre pénal, cela se comprend : un an de prison reste un an de prison, quelle que soit la personne qui soit concernée. Un point de permis reste un point de permis, quelle que soit la voiture. Dans le cadre des amendes, il en est tout autrement. En effet, le montant de la pénalité entraîne des conséquences fort différentes suivant la personne devant s'en acquitter.

Prenons l'exemple d'une personne ayant grillé un feu rouge: elle encourt une amende de 135 € au taux normal. Pour plusieurs millions de Français, c'est plus que ce qu'ils ne peuvent économiser en un, voire plusieurs mois. Autant dire qu'il va leur falloir se serrer la ceinture pendant un bout de temps. Supposons maintenant que cette personne fasse partie des cadres supérieurs. Certes, l'amende restera difficile à avaler. Mais le coup sera surtout dur pour l'ego, pas pour le portefeuille. Pour quelqu'un qui gagne 4 000 € par mois, la douloureuse sera vite oubliée. Pas pour le RSiste ou le SMICard.

Vous me direz encore une fois : à faute identique, peine identique ! Si l'on commence à différencier les peines en fonction du statut social, on sort de l'Etat de Droit et de l'égalité des citoyens devant la loi ! Du calme... L'égalité devant la loi, c'est justement le thème de cette discussion.

Réfléchissons à la signification profonde des mots "à faute identique, peine identique". On parle ici de peine, au sens premier du terme, c'est à dire de la "souffrance" que l'on va infliger à une personne pour compenser la faute commise. C'est son châtiment, sa punition. Comme le disait Robespierre, "Les peines ne sont pas faites pour tourmenter les coupables, mais pour prévenir le crime par la crainte de les encourir. ". Dans le cas d'une sanction financière d'un montant donné, la souffrance infligée est-elle la même pour tout le monde ? La réponse est non. En conséquence, pour reprendre la phrase de Robespierre, la crainte d'encourir cette peine sera différente suivant son statut social, ce qui EST une inégalité devant la loi.


Il nous faut donc réfléchir à un système de sanctions modulables, aisément applicable et ne donnant pas lieu à trop de contestations. La sanction doit être fonction de la richesse de la personne. Cette richesse peut être déterminée à partir de son niveau de revenu, ou de son patrimoine. L'idée est d'affecter un coefficient multiplicateur à chaque personne, en fonction de sa situation personnelle. Le revenu médian se verrait affecté d'un coefficient 1. Le coefficient de chacun serait déterminé proportionnellement au revenu médian.


Reprenons l'exemple de notre amende de 135 €. Une personne touchant le revenu médian paierait donc toujours 135 €. Une autre, gagnant la moitié du revenu médian, devrait payer 67,50 €. Et celle gagnant 3 fois le revenu médian 405 €. Ainsi, le poids financier de l'amende, et donc sa sanction effective, serait identique pour tout le monde. 


Mais comment le policier ferait-il pour savoir quel est le niveau de revenu du contrevenant ? Inutile : celui-ci doit régler par timbre-amende, comme d'habitude. Il reporte donc sur l'amende le coefficient qui lui a été donné par les impôts, et fait la multiplication. L'amende doit bien entendu contenir des éléments permettant à l'administration fiscale d'identifier la personne et de vérifier ledit coefficient...


Tout cela paraît bien compliqué, pour un résultat somme toute fort modeste. Apparemment, tout le monde semble bien s'accommoder du système actuel. Alors pourquoi le changer ? Tout d'abord parce que diminuer l'inégalité devant la loi, c'est renforcer la démocratie. A force d'entendre dire que les puissants ne risquent rien, on finit par le croire. Alors renforcer l'égalité devant la loi, c'est avant tout renforcer la foi en la Démocratie.

samedi 24 mars 2012

Virtualisons la monnaie !

La monnaie virtuelle, kesako ? J'entends ici par monnaie virtuelle tout mode de paiement non concrétisé par des pièces de monnaie ou des billets. Autrement dit, les chèques et les cartes de crédit.

Nous utilisons donc de la monnaie virtuelle tous les jours. Sur internet, c'est même le seul moyen de paiement possible (vous pouvez toujours essayer de glisser un billet dans votre PC, mais je ne garantis pas le résultat).
Ce que je propose ici n'est donc pas de créer un nouveau type de monnaie, mais de virtualiser la TOTALITE de la monnaie. En clair, supprimer la possibilité de régler en liquide, et donc faire disparaître l'ensemble des pièces et billets.

Avant de pousser de hauts cris quant à l'infaisabilité de la chose, merci de prendre le temps d'étudier le problème. Et tout d'abord, quel est le problème posé par l'argent liquide ? Lui qui est si pratique dans notre vie quotidienne ? Son problème, c'est sa non-traçabilité. Autrement dit, l'impossibilité de savoir qui a payé quoi et à qui. Et donc de permettre toutes les fraudes, tous les trafics. Citons pèle-mêle :   le trafic de drogue, la corruption, le proxénétisme, le travail au noir.

On me répliquera immédiatement que l'on ne pourra pas arrêter le trafic de drogue simplement en supprimant l'argent liquide, que les trafiquants trouveront bien un moyen de contourner le problème. Certes, les truands ne manquent sûrement pas d'imagination. Mais quand même : vous imaginez-vous faire un chèque à votre dealer préféré ? Ou bien imaginez-vous un mac demander à ses filles de le régler par virement bancaire ? Un patron payant ses salariés au black avec sa carte de crédit ? L'ensemble de l'économie souterraine tient grâce à l'argent liquide.

Je vous arrête tout de suite : loin de moi l'idée de supprimer tous ces problèmes d'un coup de baguette magique. Ou encore de penser que cette idée est facilement réalisable. Je pose juste le problème, et je tente d'en voir les avantages et les inconvénients. Et encore une fois, même si la virtualisation de la totalité des échanges ne supprimerait pas l'ensemble de ces crimes et délits, avouez quand même qu'ils deviendraient nettement plus compliqués à réaliser.

Au passage, notons que les braquages de distributeurs de billets disparaîtraient - par définition - ainsi que la totalité des braquages dont le seul but est de subtiliser la caisse du commerçant. Resteraient bien entendu les braquages destinés au vol de biens ou de marchandises, mais je ne prétends pas pouvoir régler tous les problèmes (pour ça, allez voir Mme Irma, 2ème porte à droite).

Quel serait le coût économique, politique et sociétal d'une telle révolution ? Il serait énorme, à n'en pas douter. Sans parler de l'impossibilité politique ou juridique actuelle de la réaliser. Essayons quand même d'en faire une petite estimation :

Dans le cadre de l'Union Européenne, aucun de ses membres ne peut imaginer interdire l'usage de l'argent liquide sur son territoire. Surtout en restant dans l'Euro. Même au seul niveau national, une modification profonde des institutions bancaires et des mentalités serait nécessaire. Autant dire qu'aucun homme politique ne peut raisonnablement se risquer à défendre de telles idées, au risque de passer pour anti-européen ou tout simplement pour un hurluberlu.

Je suis donc en train de dire que ce n'est pas demain la veille qu'une telle idée verra le jour. Alors pourquoi en parler ? Mais parce que faire de la politique, c'est savoir ne pas se limiter aux seules idées raisonnables, ou en tout cas compatibles avec un mandat électif. Faire de la politique, c'est définir un idéal de société et tout faire pour s'en rapprocher, même si sa réalisation est hypothétique ou lointaine. Il est donc légitime de définir en premier lieu ce qui forme son idéal, puis de convaincre les autres de la pertinence de ses idées. Telle est ma conception de la politique.

Mais si je parle d'idéal, la virtualisation de la monnaie en serait-elle vraiment un pour la majorité des gens ? Quels en seraient les inconvénients au quotidien ? S'il faut sortir le terminal de carte bancaire pour que son fils puisse aller s'acheter des bonbons, c'est sûr que ça devient gênant... Il faut donc que, d'un point de vue technique, tout soit extrêmement simple. Imaginons une application sur smartphone toute bête. L'acheteur tape le montant voulu, ainsi que le vendeur. Les personnes étant à courte distance, les smartphones peuvent communiquer par infra rouge. S'affiche alors le nom de l'interlocuteur. L'acheteur confirme en rentrant son code. La transaction est contrôlée et sécurisée via une connexion au terminal bancaire. Pour les sommes les plus faibles cette connexion est sans doute trop onéreuse, et pourrait être remplacée par un porte-monnaie électronique du type Moneo intégré dans cette application.

On peut donc ainsi toujours donner de l'argent à qui l'on veut, que ce soit un vendeur ou un proche. Et pour ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un smartphone? Si l'on considère la virtualisation de la monnaie comme un impératif politique, il faudra donc supporter le coût du développement de smartphones simplifiés ou d'appareils similaires destinés à équiper l'ensemble des personnes vivant sur le territoire. Le coût serait considérable, probablement plusieurs milliards d'euros. Sans parler du développement de l'application, du coût des transactions bancaires supplémentaires, etc. OK, on est d'accord là dessus.

On est aussi d'accord que cela veut également dire un "fliquage" généralisé de toutes vos actions du quotidien.  Tous vos achats, même les plus minimes, pourraient être retrouvés lors d'une enquête. C'est exact. Mais arrêtons la parano deux minutes : vous croyez vraiment que ça intéresse quelqu'un de savoir où vous achetez votre baguette ? Alors oui, lors d'une enquête de police, on pourrait découvrir quel est votre boulanger préféré. Ou même votre sex-shop préféré. Et alors ? Même si ce sentiment vous gêne, le jeu n'en vaut-il pas la chandelle ? Non ? Votre petit inconfort comparé à la lutte contre le trafic de drogue ou le travail au noir ? Non, toujours pas ? Ok, tant pis. Moi je pense que cela vaut le coup.

A propos de coût... on a parlé de milliards de dépenses, il va donc falloir songer à trouver quelques recettes.
Examinons les secteurs de l'économie française touchés par la virtualisation de la monnaie :
- Trafic de drogue : 3 à 4 milliards par an (source OCRTIS 2009)
- Proxénétisme :  1 à 3 milliards par an ?
- Travail au noir : 4,4 % du PIB, soit 55 milliards ! (source INSEE, année 2000)

Concernant le trafic de drogue ou le proxénétisme, il n'y a pas spécialement de recettes à en espérer, sauf à imaginer légaliser la vente de drogues ou libéraliser la prostitution, ce qui est un autre débat... Par contre, concernant le travail au noir, on n'ose imaginer le montant des rentrées de cotisations sociales ou d'impôts sur le revenu ! Même si seulement 20% du travail au noir disparaissait, les rentrées fiscales et sociales seraient largement suffisantes pour couvrir les frais de mise en place de la monnaie virtuelle !

Mais au-delà de l'aspect financier, n'oublions pas qu'il y a des millions de vies humaines qui seraient transformées... Fini, les petits dealers qui terrorisent les cités ! Toute transaction électronique peut être retrouvée, un jour ou l'autre. Qui prendra le risque de passer plusieurs années en prison en sachant qu'il sera si simple de prouver sa culpabilité ? Alors oui, la virtualisation de la monnaie reste un objectif lointain. Mais dont les modifications profondes qu'elle impliquerait au sein de la société méritent d'être étudiées.