La monnaie virtuelle, kesako ? J'entends ici par monnaie virtuelle tout mode de paiement non concrétisé par des pièces de monnaie ou des billets. Autrement dit, les chèques et les cartes de crédit.
Nous utilisons donc de la monnaie virtuelle tous les jours. Sur internet, c'est même le seul moyen de paiement possible (vous pouvez toujours essayer de glisser un billet dans votre PC, mais je ne garantis pas le résultat).
Ce que je propose ici n'est donc pas de créer un nouveau type de monnaie, mais de virtualiser la TOTALITE de la monnaie. En clair, supprimer la possibilité de régler en liquide, et donc faire disparaître l'ensemble des pièces et billets.
Avant de pousser de hauts cris quant à l'infaisabilité de la chose, merci de prendre le temps d'étudier le problème. Et tout d'abord, quel est le problème posé par l'argent liquide ? Lui qui est si pratique dans notre vie quotidienne ? Son problème, c'est sa non-traçabilité. Autrement dit, l'impossibilité de savoir qui a payé quoi et à qui. Et donc de permettre toutes les fraudes, tous les trafics. Citons pèle-mêle : le trafic de drogue, la corruption, le proxénétisme, le travail au noir.
On me répliquera immédiatement que l'on ne pourra pas arrêter le trafic de drogue simplement en supprimant l'argent liquide, que les trafiquants trouveront bien un moyen de contourner le problème. Certes, les truands ne manquent sûrement pas d'imagination. Mais quand même : vous imaginez-vous faire un chèque à votre dealer préféré ? Ou bien imaginez-vous un mac demander à ses filles de le régler par virement bancaire ? Un patron payant ses salariés au black avec sa carte de crédit ? L'ensemble de l'économie souterraine tient grâce à l'argent liquide.
Je vous arrête tout de suite : loin de moi l'idée de supprimer tous ces problèmes d'un coup de baguette magique. Ou encore de penser que cette idée est facilement réalisable. Je pose juste le problème, et je tente d'en voir les avantages et les inconvénients. Et encore une fois, même si la virtualisation de la totalité des échanges ne supprimerait pas l'ensemble de ces crimes et délits, avouez quand même qu'ils deviendraient nettement plus compliqués à réaliser.
Au passage, notons que les braquages de distributeurs de billets disparaîtraient - par définition - ainsi que la totalité des braquages dont le seul but est de subtiliser la caisse du commerçant. Resteraient bien entendu les braquages destinés au vol de biens ou de marchandises, mais je ne prétends pas pouvoir régler tous les problèmes (pour ça, allez voir Mme Irma, 2ème porte à droite).
Quel serait le coût économique, politique et sociétal d'une telle révolution ? Il serait énorme, à n'en pas douter. Sans parler de l'impossibilité politique ou juridique actuelle de la réaliser. Essayons quand même d'en faire une petite estimation :
Dans le cadre de l'Union Européenne, aucun de ses membres ne peut imaginer interdire l'usage de l'argent liquide sur son territoire. Surtout en restant dans l'Euro. Même au seul niveau national, une modification profonde des institutions bancaires et des mentalités serait nécessaire. Autant dire qu'aucun homme politique ne peut raisonnablement se risquer à défendre de telles idées, au risque de passer pour anti-européen ou tout simplement pour un hurluberlu.
Je suis donc en train de dire que ce n'est pas demain la veille qu'une telle idée verra le jour. Alors pourquoi en parler ? Mais parce que faire de la politique, c'est savoir ne pas se limiter aux seules idées raisonnables, ou en tout cas compatibles avec un mandat électif. Faire de la politique, c'est définir un idéal de société et tout faire pour s'en rapprocher, même si sa réalisation est hypothétique ou lointaine. Il est donc légitime de définir en premier lieu ce qui forme son idéal, puis de convaincre les autres de la pertinence de ses idées. Telle est ma conception de la politique.
Mais si je parle d'idéal, la virtualisation de la monnaie en serait-elle vraiment un pour la majorité des gens ? Quels en seraient les inconvénients au quotidien ? S'il faut sortir le terminal de carte bancaire pour que son fils puisse aller s'acheter des bonbons, c'est sûr que ça devient gênant... Il faut donc que, d'un point de vue technique, tout soit extrêmement simple. Imaginons une application sur smartphone toute bête. L'acheteur tape le montant voulu, ainsi que le vendeur. Les personnes étant à courte distance, les smartphones peuvent communiquer par infra rouge. S'affiche alors le nom de l'interlocuteur. L'acheteur confirme en rentrant son code. La transaction est contrôlée et sécurisée via une connexion au terminal bancaire. Pour les sommes les plus faibles cette connexion est sans doute trop onéreuse, et pourrait être remplacée par un porte-monnaie électronique du type Moneo intégré dans cette application.
On peut donc ainsi toujours donner de l'argent à qui l'on veut, que ce soit un vendeur ou un proche. Et pour ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un smartphone? Si l'on considère la virtualisation de la monnaie comme un impératif politique, il faudra donc supporter le coût du développement de smartphones simplifiés ou d'appareils similaires destinés à équiper l'ensemble des personnes vivant sur le territoire. Le coût serait considérable, probablement plusieurs milliards d'euros. Sans parler du développement de l'application, du coût des transactions bancaires supplémentaires, etc. OK, on est d'accord là dessus.
On est aussi d'accord que cela veut également dire un "fliquage" généralisé de toutes vos actions du quotidien. Tous vos achats, même les plus minimes, pourraient être retrouvés lors d'une enquête. C'est exact. Mais arrêtons la parano deux minutes : vous croyez vraiment que ça intéresse quelqu'un de savoir où vous achetez votre baguette ? Alors oui, lors d'une enquête de police, on pourrait découvrir quel est votre boulanger préféré. Ou même votre sex-shop préféré. Et alors ? Même si ce sentiment vous gêne, le jeu n'en vaut-il pas la chandelle ? Non ? Votre petit inconfort comparé à la lutte contre le trafic de drogue ou le travail au noir ? Non, toujours pas ? Ok, tant pis. Moi je pense que cela vaut le coup.
A propos de coût... on a parlé de milliards de dépenses, il va donc falloir songer à trouver quelques recettes.
Examinons les secteurs de l'économie française touchés par la virtualisation de la monnaie :
- Trafic de drogue : 3 à 4 milliards par an (source OCRTIS 2009)
- Proxénétisme : 1 à 3 milliards par an ?
- Travail au noir : 4,4 % du PIB, soit 55 milliards ! (source INSEE, année 2000)
Concernant le trafic de drogue ou le proxénétisme, il n'y a pas spécialement de recettes à en espérer, sauf à imaginer légaliser la vente de drogues ou libéraliser la prostitution, ce qui est un autre débat... Par contre, concernant le travail au noir, on n'ose imaginer le montant des rentrées de cotisations sociales ou d'impôts sur le revenu ! Même si seulement 20% du travail au noir disparaissait, les rentrées fiscales et sociales seraient largement suffisantes pour couvrir les frais de mise en place de la monnaie virtuelle !
Mais au-delà de l'aspect financier, n'oublions pas qu'il y a des millions de vies humaines qui seraient transformées... Fini, les petits dealers qui terrorisent les cités ! Toute transaction électronique peut être retrouvée, un jour ou l'autre. Qui prendra le risque de passer plusieurs années en prison en sachant qu'il sera si simple de prouver sa culpabilité ? Alors oui, la virtualisation de la monnaie reste un objectif lointain. Mais dont les modifications profondes qu'elle impliquerait au sein de la société méritent d'être étudiées.
Comment fait-on pour garantir l'anonymat absolu d'une quelconque monnaie virtuelle permettant ainsi de faire des achats discrets sans être "Bigbrotherisés" ? c'est très simple par exemple faire payer quelqu'un d'autre à sa place et procéder comme pour certains architectes des pyramides du temps des pharaons! Soyons sérieux, je suis sûr que les mafias créeront une monnaie à eux par exemple 10 filles contre une voiture ou sans complication la voler tout simplement. Ce seront comme toujours les simples citoyens honnêtes qui seront les dindons de la farce au profit des banques et organismes financiers (y compris mafieux) qui, eux, en profiteront. Le débat ne fait que commencer, sans oublier ce que vous ne citez pas dans votre article, à savoir la fausse monnaie, qu'elle soit d'une ou de l'autre sorte !
RépondreSupprimerBonjour, et merci pour ces très intéressantes remarques. Cet article étant avant tout destiné à provoquer un débat constructif, toutes les contributions sont les bienvenues.
RépondreSupprimer- L'anonymat des achats et les moyens de contourner l'obstacle
Il va de soi que les délinquants de tout poil chercheront le moyen de continuer leurs affaires sans utiliser d'argent liquide. Je n'ai d'ailleurs pas éludé le problème dans cet article. J'ai seulement dit qu'il deviendrait beaucoup plus difficile de payer son dealer préféré par chèque... Les mafias n'ont pas besoin de créer leur propre monnaie pour faire des affaires entre eux. L'argent qui est déjà blanchi n'a pas besoin de se présenter sous la forme de petites coupures. Par contre, c'est le début de la chaîne criminelle qui est touché : la transaction initiale, celle qui concerne l'objet du délit. Encore une fois, payer un dealer avec une carte bleue n'est pas simple. Employer un travailleur au noir et devoir lui faire un virement n'est pas simple non plus. A partir du moment où l'on laisse une trace informatique, on pourra toujours remonter à la source, un jour ou l'autre. Quant à la fausse monnaie, il me semble difficile de faire de faux billets s'il n'y a plus de billets en circulation... Mais peut-être n'ais-je pas bien compris le sens de vos propos.