Qu'est-ce que l'engagement politique ? Faut-il désespérer du monde politique ? Et pourquoi s'engager aujourd'hui ? Telles sont les questions que bien des gens se posent, et qui méritent plus qu'une réponse lapidaire rejetant tous les hommes politiques à la Géhenne.
Car oui, je le dis ici avec force, la politique est belle. La politique est grande. Et la politique n'a pas disparu. Les choix de société sont toujours possibles.
Alors oui, certains hommes politiques ne sont probablement que des arrivistes ne cherchant que les places d'honneur, les privilèges et souhaitant avant tout flatter leur ego. Certains diront qu'ils sont la majorité. C'est possible. Le pouvoir et les honneurs tendent naturellement à tourner la tête, car la chair est faible (et qu'ils ont lu tous les livres ?). Mais même s'il n'y avait qu'un seul homme politique qui soit intègre, qui veuille appliquer ses propres conceptions de la société, alors nous nous devons de respecter hautement cet homme-là (ou cette femme-là). Et si nous estimons qu'aucun homme politique valable ne défend nos idéaux, il ne tient qu'à nous de monter au créneau et de prendre la place qui nous revient. Il est trop facile de critiquer sans prendre la peine de se lancer dans la bataille. Tous les hommes politiques se valent ? Alors qu'attendez-vous pour vous lever et défendre haut et fort votre conception de la société ? Personne ne vous écoutera ? Vous resterez seul à prêcher dans le désert ? Oui, c'est possible. Mais dans ce cas ne critiquez pas ceux qui ont tenté l'aventure, ceux qui tentent de défendre leurs idéaux au sein d'un parti politique, malgré toutes les embûches, tous les compromis nécessaires.
Car avant tout, la politique, c'est le don de soi. C'est défendre les autres avant de se défendre soi-même. Il est agaçant d'entendre les gens interpeller les politiques toujours sur leur propre sort. Bien entendu, chacun a ses propres souffrances, ses propres misères, ses propres injustices. Et certaines sont grandes. Mais on ne peut critiquer un monde individualiste ou chacun pense d'abord à soi en ne faisant que réclamer une amélioration de son propre sort. Car dans ce cas-là, nous ne valons pas mieux que l'homme politique qui ne pense qu'à lui. Avant de penser à nous-mêmes, pensons à l'intérêt général. Prenons le contre-pied de notre égoïsme naturel : si le sujet nous concerne personnellement, gardons nous de défendre notre position, et restons en retrait de la discussion. Ne parlons que de ce qui ne nous touche pas, et laissons les autres juger de ce qui est juste ou non pour nous.
C'est en pensant aux autres que nous gagnerons le plus. Car nous n'améliorerons peut-être pas notre sort, mais nous deviendrons meilleurs. Pour détruire l'individualisme, détruisons-le au fond de nous. Et par notre exemple, permettons aux autres de faire de même. C'est ainsi que je conçois l'action politique. Et c'est ainsi que je vous invite à vous y engager.
samedi 21 avril 2012
samedi 31 mars 2012
La relativité de la loi
Malgré le titre, aucun rapport avec notre ami Einstein... Je souhaitais, dans ce court article, faire part de mon point de vue concernant la sacro-sainte égalité devant la loi. Et affirmer que sous prétexte de cette égalité, nous en arrivons à une inégalité.
Je parle ici non de la loi en général, mais des sanctions financières prévues en cas d'infractions, autrement dit des amendes. Le principe paraît clair : tel délit, telle contravention, entraîne telle sanction. Dans le cadre pénal, cela se comprend : un an de prison reste un an de prison, quelle que soit la personne qui soit concernée. Un point de permis reste un point de permis, quelle que soit la voiture. Dans le cadre des amendes, il en est tout autrement. En effet, le montant de la pénalité entraîne des conséquences fort différentes suivant la personne devant s'en acquitter.
Prenons l'exemple d'une personne ayant grillé un feu rouge: elle encourt une amende de 135 € au taux normal. Pour plusieurs millions de Français, c'est plus que ce qu'ils ne peuvent économiser en un, voire plusieurs mois. Autant dire qu'il va leur falloir se serrer la ceinture pendant un bout de temps. Supposons maintenant que cette personne fasse partie des cadres supérieurs. Certes, l'amende restera difficile à avaler. Mais le coup sera surtout dur pour l'ego, pas pour le portefeuille. Pour quelqu'un qui gagne 4 000 € par mois, la douloureuse sera vite oubliée. Pas pour le RSiste ou le SMICard.
Vous me direz encore une fois : à faute identique, peine identique ! Si l'on commence à différencier les peines en fonction du statut social, on sort de l'Etat de Droit et de l'égalité des citoyens devant la loi ! Du calme... L'égalité devant la loi, c'est justement le thème de cette discussion.
Réfléchissons à la signification profonde des mots "à faute identique, peine identique". On parle ici de peine, au sens premier du terme, c'est à dire de la "souffrance" que l'on va infliger à une personne pour compenser la faute commise. C'est son châtiment, sa punition. Comme le disait Robespierre, "Les peines ne sont pas faites pour tourmenter les coupables, mais pour prévenir le crime par la crainte de les encourir. ". Dans le cas d'une sanction financière d'un montant donné, la souffrance infligée est-elle la même pour tout le monde ? La réponse est non. En conséquence, pour reprendre la phrase de Robespierre, la crainte d'encourir cette peine sera différente suivant son statut social, ce qui EST une inégalité devant la loi.
Il nous faut donc réfléchir à un système de sanctions modulables, aisément applicable et ne donnant pas lieu à trop de contestations. La sanction doit être fonction de la richesse de la personne. Cette richesse peut être déterminée à partir de son niveau de revenu, ou de son patrimoine. L'idée est d'affecter un coefficient multiplicateur à chaque personne, en fonction de sa situation personnelle. Le revenu médian se verrait affecté d'un coefficient 1. Le coefficient de chacun serait déterminé proportionnellement au revenu médian.
Reprenons l'exemple de notre amende de 135 €. Une personne touchant le revenu médian paierait donc toujours 135 €. Une autre, gagnant la moitié du revenu médian, devrait payer 67,50 €. Et celle gagnant 3 fois le revenu médian 405 €. Ainsi, le poids financier de l'amende, et donc sa sanction effective, serait identique pour tout le monde.
Mais comment le policier ferait-il pour savoir quel est le niveau de revenu du contrevenant ? Inutile : celui-ci doit régler par timbre-amende, comme d'habitude. Il reporte donc sur l'amende le coefficient qui lui a été donné par les impôts, et fait la multiplication. L'amende doit bien entendu contenir des éléments permettant à l'administration fiscale d'identifier la personne et de vérifier ledit coefficient...
Tout cela paraît bien compliqué, pour un résultat somme toute fort modeste. Apparemment, tout le monde semble bien s'accommoder du système actuel. Alors pourquoi le changer ? Tout d'abord parce que diminuer l'inégalité devant la loi, c'est renforcer la démocratie. A force d'entendre dire que les puissants ne risquent rien, on finit par le croire. Alors renforcer l'égalité devant la loi, c'est avant tout renforcer la foi en la Démocratie.
Je parle ici non de la loi en général, mais des sanctions financières prévues en cas d'infractions, autrement dit des amendes. Le principe paraît clair : tel délit, telle contravention, entraîne telle sanction. Dans le cadre pénal, cela se comprend : un an de prison reste un an de prison, quelle que soit la personne qui soit concernée. Un point de permis reste un point de permis, quelle que soit la voiture. Dans le cadre des amendes, il en est tout autrement. En effet, le montant de la pénalité entraîne des conséquences fort différentes suivant la personne devant s'en acquitter.
Prenons l'exemple d'une personne ayant grillé un feu rouge: elle encourt une amende de 135 € au taux normal. Pour plusieurs millions de Français, c'est plus que ce qu'ils ne peuvent économiser en un, voire plusieurs mois. Autant dire qu'il va leur falloir se serrer la ceinture pendant un bout de temps. Supposons maintenant que cette personne fasse partie des cadres supérieurs. Certes, l'amende restera difficile à avaler. Mais le coup sera surtout dur pour l'ego, pas pour le portefeuille. Pour quelqu'un qui gagne 4 000 € par mois, la douloureuse sera vite oubliée. Pas pour le RSiste ou le SMICard.
Vous me direz encore une fois : à faute identique, peine identique ! Si l'on commence à différencier les peines en fonction du statut social, on sort de l'Etat de Droit et de l'égalité des citoyens devant la loi ! Du calme... L'égalité devant la loi, c'est justement le thème de cette discussion.
Réfléchissons à la signification profonde des mots "à faute identique, peine identique". On parle ici de peine, au sens premier du terme, c'est à dire de la "souffrance" que l'on va infliger à une personne pour compenser la faute commise. C'est son châtiment, sa punition. Comme le disait Robespierre, "Les peines ne sont pas faites pour tourmenter les coupables, mais pour prévenir le crime par la crainte de les encourir. ". Dans le cas d'une sanction financière d'un montant donné, la souffrance infligée est-elle la même pour tout le monde ? La réponse est non. En conséquence, pour reprendre la phrase de Robespierre, la crainte d'encourir cette peine sera différente suivant son statut social, ce qui EST une inégalité devant la loi.
Il nous faut donc réfléchir à un système de sanctions modulables, aisément applicable et ne donnant pas lieu à trop de contestations. La sanction doit être fonction de la richesse de la personne. Cette richesse peut être déterminée à partir de son niveau de revenu, ou de son patrimoine. L'idée est d'affecter un coefficient multiplicateur à chaque personne, en fonction de sa situation personnelle. Le revenu médian se verrait affecté d'un coefficient 1. Le coefficient de chacun serait déterminé proportionnellement au revenu médian.
Reprenons l'exemple de notre amende de 135 €. Une personne touchant le revenu médian paierait donc toujours 135 €. Une autre, gagnant la moitié du revenu médian, devrait payer 67,50 €. Et celle gagnant 3 fois le revenu médian 405 €. Ainsi, le poids financier de l'amende, et donc sa sanction effective, serait identique pour tout le monde.
Mais comment le policier ferait-il pour savoir quel est le niveau de revenu du contrevenant ? Inutile : celui-ci doit régler par timbre-amende, comme d'habitude. Il reporte donc sur l'amende le coefficient qui lui a été donné par les impôts, et fait la multiplication. L'amende doit bien entendu contenir des éléments permettant à l'administration fiscale d'identifier la personne et de vérifier ledit coefficient...
Tout cela paraît bien compliqué, pour un résultat somme toute fort modeste. Apparemment, tout le monde semble bien s'accommoder du système actuel. Alors pourquoi le changer ? Tout d'abord parce que diminuer l'inégalité devant la loi, c'est renforcer la démocratie. A force d'entendre dire que les puissants ne risquent rien, on finit par le croire. Alors renforcer l'égalité devant la loi, c'est avant tout renforcer la foi en la Démocratie.
samedi 24 mars 2012
Virtualisons la monnaie !
La monnaie virtuelle, kesako ? J'entends ici par monnaie virtuelle tout mode de paiement non concrétisé par des pièces de monnaie ou des billets. Autrement dit, les chèques et les cartes de crédit.
Nous utilisons donc de la monnaie virtuelle tous les jours. Sur internet, c'est même le seul moyen de paiement possible (vous pouvez toujours essayer de glisser un billet dans votre PC, mais je ne garantis pas le résultat).
Ce que je propose ici n'est donc pas de créer un nouveau type de monnaie, mais de virtualiser la TOTALITE de la monnaie. En clair, supprimer la possibilité de régler en liquide, et donc faire disparaître l'ensemble des pièces et billets.
Avant de pousser de hauts cris quant à l'infaisabilité de la chose, merci de prendre le temps d'étudier le problème. Et tout d'abord, quel est le problème posé par l'argent liquide ? Lui qui est si pratique dans notre vie quotidienne ? Son problème, c'est sa non-traçabilité. Autrement dit, l'impossibilité de savoir qui a payé quoi et à qui. Et donc de permettre toutes les fraudes, tous les trafics. Citons pèle-mêle : le trafic de drogue, la corruption, le proxénétisme, le travail au noir.
On me répliquera immédiatement que l'on ne pourra pas arrêter le trafic de drogue simplement en supprimant l'argent liquide, que les trafiquants trouveront bien un moyen de contourner le problème. Certes, les truands ne manquent sûrement pas d'imagination. Mais quand même : vous imaginez-vous faire un chèque à votre dealer préféré ? Ou bien imaginez-vous un mac demander à ses filles de le régler par virement bancaire ? Un patron payant ses salariés au black avec sa carte de crédit ? L'ensemble de l'économie souterraine tient grâce à l'argent liquide.
Je vous arrête tout de suite : loin de moi l'idée de supprimer tous ces problèmes d'un coup de baguette magique. Ou encore de penser que cette idée est facilement réalisable. Je pose juste le problème, et je tente d'en voir les avantages et les inconvénients. Et encore une fois, même si la virtualisation de la totalité des échanges ne supprimerait pas l'ensemble de ces crimes et délits, avouez quand même qu'ils deviendraient nettement plus compliqués à réaliser.
Au passage, notons que les braquages de distributeurs de billets disparaîtraient - par définition - ainsi que la totalité des braquages dont le seul but est de subtiliser la caisse du commerçant. Resteraient bien entendu les braquages destinés au vol de biens ou de marchandises, mais je ne prétends pas pouvoir régler tous les problèmes (pour ça, allez voir Mme Irma, 2ème porte à droite).
Quel serait le coût économique, politique et sociétal d'une telle révolution ? Il serait énorme, à n'en pas douter. Sans parler de l'impossibilité politique ou juridique actuelle de la réaliser. Essayons quand même d'en faire une petite estimation :
Dans le cadre de l'Union Européenne, aucun de ses membres ne peut imaginer interdire l'usage de l'argent liquide sur son territoire. Surtout en restant dans l'Euro. Même au seul niveau national, une modification profonde des institutions bancaires et des mentalités serait nécessaire. Autant dire qu'aucun homme politique ne peut raisonnablement se risquer à défendre de telles idées, au risque de passer pour anti-européen ou tout simplement pour un hurluberlu.
Je suis donc en train de dire que ce n'est pas demain la veille qu'une telle idée verra le jour. Alors pourquoi en parler ? Mais parce que faire de la politique, c'est savoir ne pas se limiter aux seules idées raisonnables, ou en tout cas compatibles avec un mandat électif. Faire de la politique, c'est définir un idéal de société et tout faire pour s'en rapprocher, même si sa réalisation est hypothétique ou lointaine. Il est donc légitime de définir en premier lieu ce qui forme son idéal, puis de convaincre les autres de la pertinence de ses idées. Telle est ma conception de la politique.
Mais si je parle d'idéal, la virtualisation de la monnaie en serait-elle vraiment un pour la majorité des gens ? Quels en seraient les inconvénients au quotidien ? S'il faut sortir le terminal de carte bancaire pour que son fils puisse aller s'acheter des bonbons, c'est sûr que ça devient gênant... Il faut donc que, d'un point de vue technique, tout soit extrêmement simple. Imaginons une application sur smartphone toute bête. L'acheteur tape le montant voulu, ainsi que le vendeur. Les personnes étant à courte distance, les smartphones peuvent communiquer par infra rouge. S'affiche alors le nom de l'interlocuteur. L'acheteur confirme en rentrant son code. La transaction est contrôlée et sécurisée via une connexion au terminal bancaire. Pour les sommes les plus faibles cette connexion est sans doute trop onéreuse, et pourrait être remplacée par un porte-monnaie électronique du type Moneo intégré dans cette application.
On peut donc ainsi toujours donner de l'argent à qui l'on veut, que ce soit un vendeur ou un proche. Et pour ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un smartphone? Si l'on considère la virtualisation de la monnaie comme un impératif politique, il faudra donc supporter le coût du développement de smartphones simplifiés ou d'appareils similaires destinés à équiper l'ensemble des personnes vivant sur le territoire. Le coût serait considérable, probablement plusieurs milliards d'euros. Sans parler du développement de l'application, du coût des transactions bancaires supplémentaires, etc. OK, on est d'accord là dessus.
On est aussi d'accord que cela veut également dire un "fliquage" généralisé de toutes vos actions du quotidien. Tous vos achats, même les plus minimes, pourraient être retrouvés lors d'une enquête. C'est exact. Mais arrêtons la parano deux minutes : vous croyez vraiment que ça intéresse quelqu'un de savoir où vous achetez votre baguette ? Alors oui, lors d'une enquête de police, on pourrait découvrir quel est votre boulanger préféré. Ou même votre sex-shop préféré. Et alors ? Même si ce sentiment vous gêne, le jeu n'en vaut-il pas la chandelle ? Non ? Votre petit inconfort comparé à la lutte contre le trafic de drogue ou le travail au noir ? Non, toujours pas ? Ok, tant pis. Moi je pense que cela vaut le coup.
A propos de coût... on a parlé de milliards de dépenses, il va donc falloir songer à trouver quelques recettes.
Examinons les secteurs de l'économie française touchés par la virtualisation de la monnaie :
- Trafic de drogue : 3 à 4 milliards par an (source OCRTIS 2009)
- Proxénétisme : 1 à 3 milliards par an ?
- Travail au noir : 4,4 % du PIB, soit 55 milliards ! (source INSEE, année 2000)
Concernant le trafic de drogue ou le proxénétisme, il n'y a pas spécialement de recettes à en espérer, sauf à imaginer légaliser la vente de drogues ou libéraliser la prostitution, ce qui est un autre débat... Par contre, concernant le travail au noir, on n'ose imaginer le montant des rentrées de cotisations sociales ou d'impôts sur le revenu ! Même si seulement 20% du travail au noir disparaissait, les rentrées fiscales et sociales seraient largement suffisantes pour couvrir les frais de mise en place de la monnaie virtuelle !
Mais au-delà de l'aspect financier, n'oublions pas qu'il y a des millions de vies humaines qui seraient transformées... Fini, les petits dealers qui terrorisent les cités ! Toute transaction électronique peut être retrouvée, un jour ou l'autre. Qui prendra le risque de passer plusieurs années en prison en sachant qu'il sera si simple de prouver sa culpabilité ? Alors oui, la virtualisation de la monnaie reste un objectif lointain. Mais dont les modifications profondes qu'elle impliquerait au sein de la société méritent d'être étudiées.
Nous utilisons donc de la monnaie virtuelle tous les jours. Sur internet, c'est même le seul moyen de paiement possible (vous pouvez toujours essayer de glisser un billet dans votre PC, mais je ne garantis pas le résultat).
Ce que je propose ici n'est donc pas de créer un nouveau type de monnaie, mais de virtualiser la TOTALITE de la monnaie. En clair, supprimer la possibilité de régler en liquide, et donc faire disparaître l'ensemble des pièces et billets.
Avant de pousser de hauts cris quant à l'infaisabilité de la chose, merci de prendre le temps d'étudier le problème. Et tout d'abord, quel est le problème posé par l'argent liquide ? Lui qui est si pratique dans notre vie quotidienne ? Son problème, c'est sa non-traçabilité. Autrement dit, l'impossibilité de savoir qui a payé quoi et à qui. Et donc de permettre toutes les fraudes, tous les trafics. Citons pèle-mêle : le trafic de drogue, la corruption, le proxénétisme, le travail au noir.
On me répliquera immédiatement que l'on ne pourra pas arrêter le trafic de drogue simplement en supprimant l'argent liquide, que les trafiquants trouveront bien un moyen de contourner le problème. Certes, les truands ne manquent sûrement pas d'imagination. Mais quand même : vous imaginez-vous faire un chèque à votre dealer préféré ? Ou bien imaginez-vous un mac demander à ses filles de le régler par virement bancaire ? Un patron payant ses salariés au black avec sa carte de crédit ? L'ensemble de l'économie souterraine tient grâce à l'argent liquide.
Je vous arrête tout de suite : loin de moi l'idée de supprimer tous ces problèmes d'un coup de baguette magique. Ou encore de penser que cette idée est facilement réalisable. Je pose juste le problème, et je tente d'en voir les avantages et les inconvénients. Et encore une fois, même si la virtualisation de la totalité des échanges ne supprimerait pas l'ensemble de ces crimes et délits, avouez quand même qu'ils deviendraient nettement plus compliqués à réaliser.
Au passage, notons que les braquages de distributeurs de billets disparaîtraient - par définition - ainsi que la totalité des braquages dont le seul but est de subtiliser la caisse du commerçant. Resteraient bien entendu les braquages destinés au vol de biens ou de marchandises, mais je ne prétends pas pouvoir régler tous les problèmes (pour ça, allez voir Mme Irma, 2ème porte à droite).
Quel serait le coût économique, politique et sociétal d'une telle révolution ? Il serait énorme, à n'en pas douter. Sans parler de l'impossibilité politique ou juridique actuelle de la réaliser. Essayons quand même d'en faire une petite estimation :
Dans le cadre de l'Union Européenne, aucun de ses membres ne peut imaginer interdire l'usage de l'argent liquide sur son territoire. Surtout en restant dans l'Euro. Même au seul niveau national, une modification profonde des institutions bancaires et des mentalités serait nécessaire. Autant dire qu'aucun homme politique ne peut raisonnablement se risquer à défendre de telles idées, au risque de passer pour anti-européen ou tout simplement pour un hurluberlu.
Je suis donc en train de dire que ce n'est pas demain la veille qu'une telle idée verra le jour. Alors pourquoi en parler ? Mais parce que faire de la politique, c'est savoir ne pas se limiter aux seules idées raisonnables, ou en tout cas compatibles avec un mandat électif. Faire de la politique, c'est définir un idéal de société et tout faire pour s'en rapprocher, même si sa réalisation est hypothétique ou lointaine. Il est donc légitime de définir en premier lieu ce qui forme son idéal, puis de convaincre les autres de la pertinence de ses idées. Telle est ma conception de la politique.
Mais si je parle d'idéal, la virtualisation de la monnaie en serait-elle vraiment un pour la majorité des gens ? Quels en seraient les inconvénients au quotidien ? S'il faut sortir le terminal de carte bancaire pour que son fils puisse aller s'acheter des bonbons, c'est sûr que ça devient gênant... Il faut donc que, d'un point de vue technique, tout soit extrêmement simple. Imaginons une application sur smartphone toute bête. L'acheteur tape le montant voulu, ainsi que le vendeur. Les personnes étant à courte distance, les smartphones peuvent communiquer par infra rouge. S'affiche alors le nom de l'interlocuteur. L'acheteur confirme en rentrant son code. La transaction est contrôlée et sécurisée via une connexion au terminal bancaire. Pour les sommes les plus faibles cette connexion est sans doute trop onéreuse, et pourrait être remplacée par un porte-monnaie électronique du type Moneo intégré dans cette application.
On peut donc ainsi toujours donner de l'argent à qui l'on veut, que ce soit un vendeur ou un proche. Et pour ceux qui n'ont pas les moyens de se payer un smartphone? Si l'on considère la virtualisation de la monnaie comme un impératif politique, il faudra donc supporter le coût du développement de smartphones simplifiés ou d'appareils similaires destinés à équiper l'ensemble des personnes vivant sur le territoire. Le coût serait considérable, probablement plusieurs milliards d'euros. Sans parler du développement de l'application, du coût des transactions bancaires supplémentaires, etc. OK, on est d'accord là dessus.
On est aussi d'accord que cela veut également dire un "fliquage" généralisé de toutes vos actions du quotidien. Tous vos achats, même les plus minimes, pourraient être retrouvés lors d'une enquête. C'est exact. Mais arrêtons la parano deux minutes : vous croyez vraiment que ça intéresse quelqu'un de savoir où vous achetez votre baguette ? Alors oui, lors d'une enquête de police, on pourrait découvrir quel est votre boulanger préféré. Ou même votre sex-shop préféré. Et alors ? Même si ce sentiment vous gêne, le jeu n'en vaut-il pas la chandelle ? Non ? Votre petit inconfort comparé à la lutte contre le trafic de drogue ou le travail au noir ? Non, toujours pas ? Ok, tant pis. Moi je pense que cela vaut le coup.
A propos de coût... on a parlé de milliards de dépenses, il va donc falloir songer à trouver quelques recettes.
Examinons les secteurs de l'économie française touchés par la virtualisation de la monnaie :
- Trafic de drogue : 3 à 4 milliards par an (source OCRTIS 2009)
- Proxénétisme : 1 à 3 milliards par an ?
- Travail au noir : 4,4 % du PIB, soit 55 milliards ! (source INSEE, année 2000)
Concernant le trafic de drogue ou le proxénétisme, il n'y a pas spécialement de recettes à en espérer, sauf à imaginer légaliser la vente de drogues ou libéraliser la prostitution, ce qui est un autre débat... Par contre, concernant le travail au noir, on n'ose imaginer le montant des rentrées de cotisations sociales ou d'impôts sur le revenu ! Même si seulement 20% du travail au noir disparaissait, les rentrées fiscales et sociales seraient largement suffisantes pour couvrir les frais de mise en place de la monnaie virtuelle !
Mais au-delà de l'aspect financier, n'oublions pas qu'il y a des millions de vies humaines qui seraient transformées... Fini, les petits dealers qui terrorisent les cités ! Toute transaction électronique peut être retrouvée, un jour ou l'autre. Qui prendra le risque de passer plusieurs années en prison en sachant qu'il sera si simple de prouver sa culpabilité ? Alors oui, la virtualisation de la monnaie reste un objectif lointain. Mais dont les modifications profondes qu'elle impliquerait au sein de la société méritent d'être étudiées.
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